La montée de l’euroscepticisme en France à la veille des élections européennes

steag-frantaLes bouleversements politiques provoqués durant l’année 2012, lors des élections présidentielles de mai, puis lors des législatives de juin, auront vu la « droite » subir les conséquences de la crise économique. Les Français se sont sentis lésés suite à l’espoir de changement qu’a incarné Nicolas Sarkozy lors de son élection en 2007 et qui n’a pas pu aboutir à cause du difficile contexte international qui a suivi. Cette situation s’est de nouveau perpétrée quelques mois après le début du quinquennat de François Hollande, du fait de sa difficulté à lutter contre la hausse du chômage, en dépit de sa forte détermination affichée lors du processus électoral.

Les nombreux sondages effectués lors des derniers mois laissaient présager le mécontentement grandissant de la population vis-à-vis de la politique menée par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Ces prédictions se sont affirmées lors des élections municipales, qui ont eu lieu à la fin du mois de mars. Au-delà de la victoire « historique » de l’Union pour un Mouvement Populaire et de la « déroute » subie par le Parti socialiste, il est important de s’attarder sur la montée grandissante du Front National.

Depuis que Marine Le Pen a pris la direction du parti en 2011, celui-ci a connu une croissance exponentielle, devenant ainsi la troisième force politique du pays et perturbant la traditionnelle alternance politique entre la « gauche » et la « droite ». Elle a brillamment réussi à « dédiaboliser » un parti, situé à l’extrême-droite de l’échiquier politique, qui s’était forgé une mauvaise image sous la longue présidence de Jean-Marie Le Pen. Bonne oratrice et dotée d’une capacité à rassembler les foules, elle a su modérer son discours, afin que son message politique « antisystème » atteigne un électorat marginalisé.

En effet, le Front National est progressivement monté en puissance depuis le début de la crise économique et sociale intervenue en 2008, profitant des mesures d’austérité imposées aux Français, pour se positionner en tant qu’alternative politique viable. Le message véhiculé, basé sur un discours anti-européen, anticapitaliste et anti-immigrationniste, a réussi à atteindre un électorat plus large, situé autant à l’extrême-droite qu’à l’extrême gauche de la scène politique.

Lors du second tour des élections municipales, le Front National réussit l’incroyable exploit de remporter 11 communes de plus de 9.000 habitants et plus de 1000 conseillers municipaux. Il conforte ainsi sa place de troisième puissance politique, et affiche désormais des ambitions toujours plus élevées. Au vu de ce scénario, difficile de ne pas faire le rapprochement avec le Royaume-Uni et l’United Kingdom Independance Party dirigé par Nigel Farage, ou encore avec le Parti pour la Liberté de Geert Wilders aux Pays-Bas, qui gagnent de plus en plus de terrain.

A moins de deux mois d’un vote crucial pour l’avenir de l’Union européenne, il est inquiétant de constater que le courant eurosceptique prend de l’ampleur. Le réel danger serait de voir la composition du Parlement européen être perturbée, car cela affecterait sans aucun doute la stratégie politique commune. A l’heure où la zone euro retrouve une certaine stabilité, où la zone de libre-échange transatlantique est sur le point d’être finalisée et où l’Ukraine est confrontée aux ambitions impérialistes de la Russie, le processus de construction européenne doit bénéficier d’une cohérence à toute épreuve. A court et moyen terme, le processus d’élargissement vers l’Est devra être poursuivi, afin de stabiliser la région de la Mer Noire et d’y assurer le maintien de la paix de manière durable.

Une percée des partis anti-européens lors des élections du 25 mai nuirait fortement aux projets communautaires, mais aussi à la crédibilité de l’espace européen sur la scène internationale. Pour que les électeurs puissent être à même de prendre en compte ces facteurs et qu’ils ne soient pas influencés par les discours populistes des partis extrémistes, il est essentiel d’intensifier le dialogue et de faciliter l’accès à l’information. A l’avenir, l’Union européenne devra s’employer à encourager davantage les initiatives citoyennes et à améliorer sa politique de communication, afin de minimiser le risque de tomber en proie à l’euroscepticisme.

 

ALEXANDRU POPOVICI

 

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