Depuis quelques années, et plus précisément depuis le début de la crise économique et sociale de 2008, l’Union européenne est également confrontée à une crise identitaire. Les politiques de rigueur budgétaire entreprises, qui ont eu pour objectif de réduire les déficits publics de certains Etats membres, tel que la Grèce, l’Espagne, l’Italie, ou encore le Portugal, ont engendré une montée en puissance des partis extrémistes, habituellement en marge des débats politique. Dotés d’un programme politique inexistant, ceux-ci nourrissent la haine des citoyens envers le centre décisionnel européen, accusé de tous les maux. Il est vrai que le manque d’informations concernant le fonctionnement institutionnel européen, qui est d’une grande complexité, représente l’un des facteurs qui contribuent à cette mauvaise image. Pour certains, l’Union européenne semble bien éloignée de leurs préoccupations quotidiennes, alors que pour d’autres, elle est perçue comme le principal responsable des mesures d’austérité et de la baisse du niveau de vie. C’est dire à quel point il semble important de promouvoir l’image de l’Union européenne dans les années à suivre.
On remarque actuellement que certains politiciens européens, membres de partis modérés, font preuve d’un pro-européanisme d’un genre tout particulier. C’est le cas du député Laurent Wauquiez, vice-président de l’UMP et ancien Ministre chargé des Affaires européennes dans le gouvernement Fillon II. Auteur du livre intitulé L’Europe : il faut tout changer, il propose une reconfiguration du paysage européen, qui serait composé d’un „noyau dur de 6 pays : La France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie et l’Espagne”. Pour ce qui est des autres Etats membres, Laurent Wauquiez pense qu’il faudrait tout simplement les écarter du projet communautaire, tout en maintenant les échanges économiques existants. De plus, il est d’avis que la France devrait„sortir de Schengen”, afin d’être à même de contrôler la libre circulation des personnes.
De telles affirmations, habituellement exprimées par la présidente du FN, Marine Le Pen, peuvent paraître surprenantes, voire déplacées, venant de la part d’un homme politique expérimenté, qui est idéologiquement situé à gauche de l’UMP. Dans le cas où il serait amené à occuper un nouveau poste ministériel, ce type de discours pourrait sans aucun doute le décrédibiliser auprès des partenaires étatiques de la France. A supposer que Laurent Wauquiez adopte cette posture dans un but purement électoral, pour espérer recueillir le suffrage des citoyens sur la base d’un discours démagogue et populiste, il n’y a guère de doutes que sa vision politique est très limitée.
Le processus d’élargissement européen a permis aux Etats d’Europe de l’Est, durement et longuement affectés par les régimes communistes, d’accéder au monde démocratique. Mais il a également permis de développer un cadre commun de valeurs, à la lumière des réalités actuelles. L’unité du continent européen est une preuve de stabilité et de paix à long terme, à l’heure où ses frontières orientales sont confrontées aux ambitions impérialistes de la Russie. D’autre part, le chemin vers l’uniformisation économique et sociale des Etats membres, mise en application à l’aide du Fonds structurel, permet à l’Union européenne élargie de disposer d’une voix forte, crédible et cohérente sur la scène internationale.
La construction européenne n’est pas un acquis, mais le fruit d’un long processus de compromis et de sacrifices. C’est un fait que certains hommes politiques devraient prendre en compte, car, à un peu plus d’un mois d’un suffrage décisif, il est de leur responsabilité de représenter au mieux les intérêts des citoyens.
Alexandru Popovici
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